Éditions Espaces 34

Théâtre jeunesse

Cette collection, créée en mai 2009, accueille des écrivains déjà publiés dans d’autres collections et de nouveaux écrivains. Elle s’adresse aux enfants du primaire et du début du collège, les textes pour adolescents étant publiés dans les collections Théâtre contemporain et Théâtre en traduction. Elle est aussi tout public.

Extrait du texte

Personnages
Nil, une gamine entre 11 et 13 ans.
Griotte, un gamin entre 11 et 12 ans.
Ursula, une gamine entre 11 et 13 ans


J –9, milieu de scène

Bruits d’environnement urbain. Une chaîne entoure la serre. Griotte s’en approche. Aussitôt une alarme retentit. Griotte retire son appareil auditif. Il recule. L’alarme s’arrête. Griotte remet son appareil auditif puis inspecte la serre, de loin.

Nil surgit. Elle a trois doigts de la main gauche bandés. Dans l’autre, son téléphone.

GRIOTTE (désignant la chaîne) :
C’est quoi, ça ?
Qui,
qui a installé ça ? Pourquoi ?

NIL :
À ton avis ? T’es pas au courant ?! Non !?!
Y’a le gardien qui est passé dans tous les apparts, hier soir : il a dit qu’une effraction, grave, avait été commise dans la serre. Que la porte avait été forcée. Une enquête est en cours pour trouver le ou… la coupable. Mes frères ont même raconté à mes parents que le conseil des experts-experts de Vitalenergies se trouve dans l’obligation d’effectuer des prélèvements d’oxygène, d’humidité, d’écorce, de feuilles, de terre, de…

GRIOTTE :
N’importe quoi.

Nil active le haut-parleur de son téléphone de manière très démonstrative :

VOIX DE HUGO FORMENTON :
… et aujourd’hui, moi Hugo Formenton, je vous le dis : si les résultats s’avèrent au-delà du seuil d’équilibre, la croissance de l’arbre sera malheureusement en danger et, nous serons contraints d’annuler la fête des 300 ans. J’en suis le premier désolé. Il est incompréhensible que…

Nil éteint le portable.

NIL :
Super ! L’arbre, en danger : tu réalises ? T’imagines les conséquences pour le quartier ? T’y penses ?

GRIOTTE :
Je pense à l’arbre. À son écorce. S’il est malade…

NIL :
La faute à qui ?

GRIOTTE :
L’arbre avait soif !

NIL :
Y’a un arrosage a-qua-to-ma-ti-que !

GRIOTTE (à voix basse) :
Pas besoin d’aquatomatique-techno-peu-logique.

NIL :
Quoi ?!

Griotte ne répond pas. Il désigne la main bandée de Nil.

GRIOTTE :
Tu t’es coupée, avec le sécateur ?

NIL (haussant les épaules) :
Tu as récupéré ma gourde, hier ?

Griotte fait non de la tête.

NIL :
J’ai dit à mes parents que c’était toi. Faudra que j’invente autre chose.

Griotte lève les yeux au ciel.

GRIOTTE :
Aujourd’hui, les nuages imitent les hirondelles : que du bleu.

Soudain, Nil pousse un cri.

NIL :
Un insecte,
volant,
vient de sortir de la serre !

GRIOTTE (tout joyeux) :
C’est quoi ?

NIL :
Avec ses sales pattes griffues,
elle,
elle a contaminé l’arbre, j’avais raison. Punaise !

GRIOTTE :
Une abeille ! Comme dans les livres de mon père !

Soudain, la porte de la serre s’ouvre. Ursula en sort, son casque autour du cou, l’enregistreur et la bonnette dans une main. Ses doigts sont pleins de terre. Elle passe sous la chaîne, les alarmes restent muettes.

GRIOTTE :
Toi !

Troublée, Nil ne bouge plus. Ursula s’approche d’elle. Lui prend ses poings, qu’elle desserre. Puis, ses mains terreuses caressent son visage, laissent des traces sur ses joues.

URSULA :
Dans le profond de tes iris,
camouflées,
les herbes hautes. Et aussi, les frondaisons.
Les accueillir.

NIL (revenant à elle, l’écartant) :
T’es maboule-dingo toi ?

Ursula rit. Elle découvre la main bandée. Nil recule.

NIL :
T’as recommencé ?! Comment t’as fait ? Pourquoi les alarmes, elles n’ont pas sonné ?

URSULA :
Les feuilles d’ombre
ont émergé rampent deviendront
feuilles de lumière.

GRIOTTE :
Tout va bien ?

URSULA :
Tout va bien.
Un bruit de miettes qui croustillent.

Ursula prend la main de Griotte.

NIL :
Griotte. Elle est peut-être contagieuse.

Griotte échange un sourire avec Ursula. Celle-ci enjambe la chaîne, invitant Griotte à la rejoindre. Ce qu’il fait.

NIL :
Oh ! C’est interdit !

URSULA :
Une clôture, c’est fait pour passer dessous, ou dessus.

Le duo disparaît dans la serre. La porte se referme derrière eux.

NIL :
Griotte…

Elle regarde autour d’elle, comme perdue. Après un petit temps d’attente, le clic de la porte de la serre qui s’ouvre : Nil saisit son portable et se filme avec la serre en arrière-plan.

NIL :
Salut, c’est Nil des BC-BG, en direct-live ! J’ai trouvé qui
qui met tout en péril
ici.

Elle tourne le portable vers la serre. À ce moment, Griotte sort, le casque d’Ursula autour de ses oreilles, l’enregistreur d’une main, une gourde de l’autre.

GRIOTTE :
J’ai retrouvé ta gourde, Nil, dans la serre. Y’a ton nom marqué dessus !

NIL :
Quoi ? (elle tourne le portable en selfie) C’est pas ça, pas du tout ce que vous croyez, c’est… (elle se fige, pose une main, sur sa joue, pleine de terre) Punaise. Attendez, c’est pas moi, c’est pas moi…

Elle éteint la vidéo aussitôt. La joie balaye le visage de Griotte. Ursula le suit.

GRIOTTE :
Une plante a poussé
aux pieds
aux pieds de l’arbre
enchevêtrée.

NIL :
Hein ?

GRIOTTE :
Du lierre grimpant. Ses feuilles : des émeraudes jamais extraites.

URSULA :
Si joyeux !

NIL :
Faut l’enlever ! L’arracher.

URSULA :
Jamais. C’est un allié. Bien planté.
Creuser
arroser arroser arroser et
attendre.
Pour qu’enfin.

NIL :
Faut arracher ce truc ! Si ça contamine l’arbre… Si ça se trouve, c’est…

URSULA (secouant le sachet pendu à son cou, qui fait un petit bruit de hochet) :
Du lierre. Grimpant.

NIL :
C’est toi ?!
Toi qui ?!
À cause de toi que ?
Notre arbre, en péril ?

GRIOTTE :
Viens. Viens. Il faut que tu voies, que tu entendes ça, Nil.

Nil repousse Griotte.

(…)

Haut